Lundi 21h

Le suicide: ceux qui restent

Dans l'épisode 9 de la série Le Jeu, le personnage de Lili, âgée de 13 ans, fait une tentative de suicide. Dans cette histoire, la jeune fille s'en sort vivante. Mais malheureusement, dans la réalité, ce n'est pas toujours le cas.

Il y a une dizaine d'années, alors que j'étais au secondaire, une amie qui était dans ma classe, Delphine (prénom fictif), s'est enlevé la vie. Delphine avait fait une première tentative de suicide quelques mois avant de récidiver et de mettre définitivement fin à sa vie, à l'âge de 14 ans. Les circonstances ayant mené au suicide de mon amie sont différentes de celles exposées dans Le Jeu, tout comme les impacts que son geste a eu sur son entourage, mais plusieurs similitudes peuvent tout de même être relevées.

La mort de Delphine a été une véritable onde de choc et une vague intense d'émotions pour ses proches et son entourage. Une jeune fille d’apparence rayonnante et heureuse qui s'enlève la vie est un événement qui surprend, qui choque, qui blesse et qui fait réfléchir. Je me souviens avoir été surprise du grand nombre de personnes touchées par ce drame : nos familles, nos amis, nos collègues de classe, nos professeurs, plusieurs intervenants de l'école et même les parents de nos amis, pour ne nommer que ceux-ci. À l'époque, je m'étais passé la réflexion suivante à plusieurs reprises : si Delphine avait pu voir la peine et la détresse de son entourage suite à son suicide, aurait-elle été étonnée de constater qu'il y avait autant de gens qui tenaient à elle ? Aurait-elle reconsidéré son geste ? Malheureusement, une personne en état de crise suicidaire oublie souvent tout l'amour qu'il y a autour d'elle. 

Les endeuillés par suicide ont tous leur manière de réagir. Dans mon cercle d'amies du secondaire, bien que nous vivions toutes des émotions similaires, nous les avons exprimées et gérées différemment. Il y a eu celle qui s'est investie corps et âme dans les études, celle qui a voulu étouffer ses émotions par la drogue et l'alcool, celle qui a voulu poursuivre la vie et les rêves de Delphine et celle qui avait un comportement dépressif et qui ne comprenait plus que la vie continuait au-delà de cette tragédie. Ce que nous avions toutes en commun était une peine profonde, une incompréhension, l’envie d'être ensemble et de parler de nos émotions ainsi que le besoin d'être entourées et accompagnées dans le deuil de notre amie.  

Au moment de la mort de Delphine, j'avais 15 ans. En plus du support de l'école, j'ai eu besoin du soutien de mes parents. Cependant, j’ai compris que le suicide d’un(e) ami(e) de son enfant peut être difficile à vivre pour des parents. Les miens m'ont confié s'être sentis démunis et inquiets à mon égard. Il peut effectivement être difficile de comprendre la détresse d'un endeuillé du suicide si nous n'avons pas vécu nous-mêmes ce drame. Selon mon expérience personnelle et mon travail actuel en tant qu'intervenante en milieu scolaire au secondaire, si j’avais à donner des conseils à des parents qui auraient à encadrer leur enfant dans une situation similaire, je leur dirais d’abord d’accueillir l'émotion de l'enfant sans jugement, puis de discuter de la situation ouvertement et le questionner sur son vécu ; garder la communication active ; éviter l'isolement. Je crois qu’il est important de lui permettre d'exprimer sa colère et sa tristesse, de normaliser ses émotions. Comme l’ont fait mes parents, il ne faut pas hésiter à lui faire part de nos propres inquiétudes par rapport à lui, et de l’aider à identifier les ressources d'aide, le référer à des professionnels. Et finalement, être attentif à tout changement de comportements.

Je ne souhaite à personne d'avoir à traverser une telle épreuve. Mais même si la douleur du départ précipité de Delphine m’accompagnera toute ma vie, j’ose espérer que les enseignements que j’en ai tirés peuvent maintenant servir à d’autres et ainsi peut-être empêcher d’autres jeunes de passer à l’acte. La première leçon est de toujours prendre une tentative de suicide au sérieux. En effet, d'après les statistiques, 50 % des adolescents ayant fait une tentative de suicide récidivent dans les mois suivants. Ensuite, j’ai pris la mesure de l’importance de parler de ses problèmes, de consulter des professionnels en relations d’aide et de dire « je t'aime » autant de fois qu'on le peut à nos amis et à notre famille. Car ce sont des actions comme celles-ci, ancrées dans le moment présent, qui comptent.

La ligne québécoise de prévention du suicide est accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et s’adresse autant aux personnes en détresse qu’à l’entourage qui s’inquiète, mais aussi aux endeuillés : 1 866 APPELLE (277-3553).

Il existe aussi un site web qui donne d’excellents outils pour parler du suicide : commentparlerdusuicide.com

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